10 Jan

Trois oboles pour Charon (Franck Ferric)

 

 

Détails techniques :

Éditions Denoël
Collection Lunes d’Encre
320 pages (grand format)
20,50 € pour le grand format, 13,99 € au format électronique
Parution : octobre 2014
Blog de Franck Ferric

Mon avis :

C’est le second livre que je lis de Franck Ferric, et je ne suis pas déçue. J’ai même encore plus apprécié Trois oboles pour Charon que La loi du désert. Comme quoi, il y a vraiment des pépites dans la littérature francophone !

Tout part d’un mythe, que je ne connaissais absolument pas. En même temps, je ne me suis jamais intéressée de près à la mythologie grecque. Un peu d’histoire, donc (merci Wikipédia) :

Sisyphe est surtout connu pour avoir déjoué Thanatos. En échange d’une source qui ne tarissait jamais, Sisyphe révéla au dieu-fleuve Asopos où se trouvait sa fille Égine, enlevée par Zeus, qui avait pris la forme d’un aigle, et qui la désirait. Asopos fit fuir Zeus, mais ce dernier ressentit de la rancune pour Sisyphe ; il lui envoya Thanatos pour le punir. Cependant, lorsque le génie de la Mort vint le chercher, Sisyphe lui proposa de lui montrer l’une de ses inventions : des menottes. Il enchaîna Thanatos, si bien que ce dernier ne put l’emporter aux Enfers. S’apercevant que plus personne ne mourait, Zeus envoya Hadès délivrer Thanatos. Mais Sisyphe avait préalablement convaincu sa femme de ne pas lui faire de funérailles adéquates. Il put ainsi convaincre Hadès de le laisser repartir chez les vivants pour régler ce problème. Une fois revenu à Corinthe, il refusa de retourner parmi les morts. Thanatos (ou même Hermès, selon certaines traditions) dut alors venir le chercher de force. Pour avoir osé défier les dieux, Sisyphe fut condamné, dans leTartare, à faire rouler éternellement jusqu’en haut d’une colline un rocher qui en redescendait chaque fois avant de parvenir au sommet, tel que raconté dans l’Odyssée (chant XI). Toutefois, Homère ne faisait pas mention de la raison de ce châtiment. Certaines traditions le justifient par la réputation de brigand et de malfaiteur que Sisyphe avait acquise de son vivant.

Ce mythe nous est conté différemment dans le roman, tout en suivant la ligne directrice de la malédiction de Sisyphe. C’est peut-être plus « réaliste », en tous cas, l’auteur s’est brillamment approprié la légende. Mais tout cela ne nous est révélé qu’après moult péripéties vécues par ce géant dont un œil a été remplacé par une pièce d’or et qui n’a aucune idée ni de son passé ni d’où et quand il se situe. Toujours, c’est le même cycle qui recommence : le réveil sous terre, en sortir tant bien que mal pour se retrouver confronté à une guerre dont il n’a que faire, mourir, trouver son chemin dans les limbes et recommencer ailleurs, plus tard.

Voilà que tu découvres enfin une vérité du monde : est vivant celui qui se bat. Il n’y a que les morts pour savoir la paix.

Aux côtés du malheureux qui ne comprend rien à ce qui lui arrive, qui perd la mémoire à chaque coup fatal, nous traversons le temps et les guerres qui ont fait de ce monde ce qu’il est aujourd’hui, mais aussi celles qui pourraient avoir lieu demain. De l’aube du christianisme à la fin du monde, Franck Ferric nous emmène en divers coins de l’Europe et de l’Afrique du Nord. Pas mal de références à de grand événements m’ont fait sourire. Et même si l’on s’aperçoit que le héro est loin d’en être un, on ne peut que lui souhaiter la fin de ce calvaire infini.

La guerre et ses stigmates transpiraient partout. Depuis trente longues années, le peuple d’ici et ceux autour s’étaient lancés dans un grand conflit provoqué par des désaccords sur la manière de prier, et deux gouverneurs jetés d’une fenêtre dans un tas de fumier. Puis les choses s’étaient envenimées.

Le roman est découpé en longs chapitres qui relatent chacun une « vie » de Sisyphe. On dirait presque un recueil de nouvelles dont le héro est le même dans chacune. Si ce n’est que ce héro, de récit en récit, a oublié ce qu’il est advenu de lui antérieurement. Pourtant, son corps se souvient : il est couvert de cicatrices mortelles. Un tel être suscite tour à tour fascination, jalousie, crainte, et parfois respect. Il s’agit pour lui d’une longue quête intérieure, tout d’abord pour découvrir qui il est, ensuite pour savoir ce qu’il désire vraiment : vengeance ou acceptation ? Charon, le passeur et son ennemi bien aimé l’aidera malgré lui, qui est tout aussi prisonnier de la malédiction reçue par Sisyphe que Sisyphe lui-même.

Décidément, Franck Ferric rassemble beaucoup de thème, de lieux, d’époques et d’Histoire dans ce roman. Je n’ose imaginer les heures de recherche que cela implique. L’écriture est toujours aussi agréable, faite de beau vocabulaire sans en faire trop. Passer du pré-moyen âge à un futur lointain dans un même livre, ce n’est pas donné à tout le monde. C’est ici un pari plus que réussi. Il s’agit pour moi d’un grand titre. Bravo, et surtout merci.

D’autres avis :

Lorhkan, Blackwolf, Julien le Naufrageur, Gromovar

Lu et chroniqué dans le cadre de… TROIS challenges différents !
Challenge Francofou (Xième participation, j’ai pas compté), première participation au RVLF de Lune, première participation au Winter Mythic Fiction Challenge² de Lhisbei.

challenge francofou 25

ChallengeRVLF-Retourverslefuturmythic

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