20 Fév

Techno Faerie (Sara Doke)

techno-faerieLes fées existent, bien sûr, et elles sont de retour !

Les fées ont cessé de se cacher des hommes : elles sont revenues et bon an mal an l’univers de la Faerie s’est intégré à la société technologique. Depuis les premiers contacts d’enfants-fae avec la civilisation de l’automobile jusqu’aux premiers voyages spatiaux, ce livre conte l’histoire d’une évolution différente de notre monde.

L’auteur, Sara Doke, vit à Bruxelles et est traductrice. La poésie puissante de son inspiration, l’originalité de sa vision d’un monde soudain enrichi des faes, sont saisissantes.

Avec des documents, des fiches couleur sur les 88 principales faes et de nombreuses illustrations, par Bigot, Booth, Calvo, Cardinet, Caza, Ellyum, Fructus, Gestin, Jozelon, Larme, Malvesin, Mandy, Muylle, Nuncq, Tag, Verbooren, Zandr et Zariel.

Le retour des fées, dans un livre d’exception.

Détails techniques :

Les moutons électriques (cliquez sur le lien pour voir le diaporama de ce magnifique livre !)
Couverture par Melchior Ascaride
Parution : janvier 2016
Version papier uniquement : 21€
195 pages hors appendices illustrées 370 pages au total
Fix-up

Mon avis :

En novembre 2014 a eu lieu une rencontre dans une librairie liégeoise avec deux grands auteurs : Ayerdhal et Stefan Platteau. J’ai eu l’occasion de discuter un peu avec Ayerdhal, de sa facilité à écrire, du fait que ce n’était pas si évident de mon côté… et nous en sommes venus à parler de mon recueil « Légendes et Sortilèges », que j’étais en train de rédiger, à l’époque. Dedans figure une nouvelle mêlant SF et Fantasy, et quand je lui en ai parlé, il m’a tout simplement applaudie. Je ne savais plus où me mettre. Là-dessus, il me parle de Sara. Elle aussi est en train d’écrire de la SF/Fantasy, un mélange pas si courant et pas facile à traiter. Il m’a ensuite donné son adresse mail, parce qu’il voulait que je le tienne au courant au sujet de mon livre. Et vu ses soucis de santé, je n’ai jamais osé. Par peur de déranger avec mes petites histoires sans prétention. Parce que je préférais lui remettre le livre en main propre, quand il irait mieux. Et le drame arriva.

J’étais loin de me douter du sujet précis sur lequel se penchait Sara Doke à ce moment là. Alors, lorsque le livre est finalement paru et que j’ai vu de quoi il en retournait, mes yeux se sont mis à pétiller de joie. Il me fallait ce livre, absolument. La féerie et moi, c’est une grande histoire d’amour. C’est un monde qui m’a toujours fait rêver, que j’ai arpenté de plusieurs manières. J’ai même incarné une fée dans un jeu de rôle en ligne… c’est dire ! Et, depuis deux ans déjà, je constitue moi aussi un fix-up de nouvelles qui mêle Faerie et humanité, avec un peu de steampunk.

J’entamai donc cet ouvrage de façon très enthousiaste. D’autant plus que l’objet est très réussi : couverture qui reflète bien l’esprit du livre, des appendices très fournies et dotées d’illustrations sur papier glacé, etc.
Les nouvelles que regroupe ce recueil datent d’entre 2004 et 2015 et certaines ont déjà été publiées. Certains chroniqueurs trouvent que cet espace entre les textes se ressent, personnellement je n’ai pas ressenti cette différence, pas à ce niveau. J’ai plutôt ressenti comme une évolution d’un texte à l’autre. Comme si l’auteur grandissait en même temps que ses protagonistes, comme si l’écriture s’embellissait, s’étoffait, mûrissait. Comme si l’on passait du jeunesse à l’adulte. Ce qui est finalement un peu le cas, puis qu’on suit, au début, des enfants Faes et humains, dont l’un d’entre eux aura une grande importance, des années plus tard, dans les derniers textes.

Si les fées ont toujours existé, elles ne se sont pas toujours montrées aux hommes. Il leur a fallu passer par ce qu’elles appellent « La Transformation », une sorte de révolution faerique qui a révolu le système de castes et la monarchie pour prôner l’égalité et la solidarité, mais pas que. Car autrefois, les Faes n’étaient pas tendre avec l’humanité. De la même façon que pour toute révolution humaine, il a fallu du temps pour que ces nouvelles idées se mettent en place, et certaines Faes les ont rejetées en bloc. Mais la majorité, déjà convertie, s’est vite rendue compte que le monde sous la Colline ne pourrait persister bien longtemps si les hommes continuaient à détruire leur propre habitat, car les deux sont intimement liés. Avec l’aide d’Arthur Passeur, un humain fan de livres de l’imaginaire, les Faes vont trouver une façon de s’immuniser au fer et vont peu à peu pouvoir envahir l’humanité pour son propre bien. Car le peuple faerique possède le pouvoir d’inverser la tendance, de dépolluer la Terre, de créer des jardins en plein désert et, en faisant pression sur les pouvoirs politiques et monétaires, vont rendre la vie des hommes bien plus saine et équilibrée. Mieux ! Incapables d’imagination, les humains vont leur prêter la leur afin qu’ensemble, ils construisent un vaisseau spatial capable de les mener auprès de cette vie extraterrestre dont ils ont capté des signaux.

Ce livre recèle d’idées utopiques qui m’ont fait penser à « Chronique d’un rêve enclavé » d’Ayerdhal, et ce n’est sans doute pas anodin. L’auteure prend clairement parti et prône ses idées. De grandes idées que je rêverais de voir se concrétiser, mais qui, malheureusement, ne sont pas prêtes d’être acceptées. On y parle d’écologie, de technologie aussi bien sûr, mais de technologie en accord avec notre environnement et axé sur l’entraide communautaire plutôt que l’individualisme et le profit à tout prix. J’ai beaucoup apprécié la façon dont ces idées sont introduites, même si cela relève finalement du « conte de fée » de par son utopisme joyeux et surtout naïf. C’est peut-être le seul reproche que je pourrais faire à Techno Faerie : ce côté tout rose, presque trop facile (même s’il y a des obstacles).

Enfin, qui n’aime pas les fées et leur monde n’aimera pas Techno Faerie. Car les fées sont telles qu’elles doivent être : joyeuses, joueuses, canailles, optimistes et extrêmement naïves. Ouvrir ce livre, c’est entrer dans leur monde, un monde à leur image où la magie est tout sauf rationnelle. Et moi, j’aime beaucoup ça.

D’autres avis :

Naufragés Volontaires, Un Papillon dans la Lune, La Croisée des Chemins, …

Challenge Francofou

Lu et chroniqué dans le cadre des challenges Francofou et CRAAA