18 Oct

La stratégie Ender (Orson Scott Card)

Le best-seller d’Orson Scott Card, aussi devenu une référence au rayon SF, fait l’objet d’une adaptation cinématographique et sortira dans les salles d’ici peu (le 6 novembre 2013). Sachant que je ne raterais pas ce film, il fallait que je lise le livre avant d’entrer dans la salle sombre.

Quart de couverture :

AndrewWiggin, dit Ender, n’est pas un garçon comme les autres. Depuis sa naissance, ses faits et gestes sont observés par l’intermédiaire d’un moniteur greffé dans son cerveau. Car ceux qui l’ont conçu ambitionnent de faire de lui le plus grand général de tous les temps, le seul capable de sauver ses semblables de l’invasion des doryphores. Et alors qu’Ender suit pas à pas le dur chemin de son apprentissage de guerrier, ses créateurs mesurent la gravité de leur choix : en donnant naissance à un monstre, n’ont-ils pas damné l’humanité elle-même ?

Ce livre est purement SF. Pourtant, c’est sur un personnage qu’il se concentre, et non sur un combat intergalactique. C’est sur Ender et son éducation, la façon dont il est manipulé depuis sa naissance. La SF n’est finalement que le décor du drame psychologique infligé à cet enfant. Un gamin brisé afin de (peut-être) sauver l’humanité. Voilà le thème principal de ce livre.

Orson Scott Card est un écrivain reconnu. Il est aussi mormon et n’hésite pas à afficher publiquement ses opinions politiques (et autres) très controversées. Je n’aime pas cette personne. Est-ce pour autant qu’il faut refuser de le lire et d’avouer que ce qu’il a rédigé est bon ? Doit-on vraiment arrêter d’écouter Noir Désir parce que le chanteur a fait le con ? C’est le même débat. S’il y a des actes et des pensées que je ne cautionne pas, ça n’est pas pour autant que tout est à jeter chez quelqu’un.

Ceci étant dit, revenons à Ender.
O.S. Card a écrit ce livre en 1975, bien que l’idée de la « salle de jeu » lui soit déjà apparue en 1968 (d’après lui-même dans « Comment écrire de la Fantasy et de la Science-Fiction« , éditions Bragelonne). Et cela se ressent. A l’époque, le mur de Berlin était toujours bien en place. L’auteur a alors imaginé que dans les décennies suivantes, la Russie s’emparerait de l’Eurasie. Des siècles plus tard, à l’époque d’Ender, l’empire Russe et l’Amérique sont encore et toujours les deux grandes forces qui ne s’aiment pas trop. Ca peut faire sourire aujourd’hui, mais c’était une possibilité et elle passe plutôt bien dans le roman.

D’autre petits détails peuvent faire tiquer : on ne parlait pas d’internet en 1975 et à peine d’ordinateurs, mais dans « La stratégie Ender », tout le monde a son bureau, à travers lequel tout un chacun peut rejoindre divers réseaux d’information, jouer, travailler, consulter, communiquer avec son voisin etc.
Alors pourquoi les professeurs d’Ender s’esquintent-ils à lui transmettre l’heure des prochains matchs sur de petits billets en papier ?!
Bref, je chipote. C’est vraiment du détail, mais je pense qu’à ce niveau là, il aurait pu aller jusqu’au bout de son idée.

D’autres petites choses peuvent déplaire : pas mal de clichés, comme « la fierté de l’espagnol », la quasi absence de femmes (ou les rendre faibles et manipulables), etc. mais surtout, SURTOUT : cet examen final dont on sent l’issue à 100 pas. Là, c’est vraiment dommage. Après ça, les dernières pages n’
ont vraiment que très peu d’intérêt. Le but n’est autre que de laisser une porte ouverte à l’auteur… par laquelle il s’est engouffré pour produire 3 tomes supplémentaires.

Cette chronique peut paraître très négative, pourtant j’ai pris un réel plaisir à lire ce livre. La psychologie manipulatrice exercée sur Ender à travers les jeux éducatifs auxquels il s’adonne est vraiment bien pensée. C’est de la bonne SF qui ne se limite pas à des combats (bien qu’ils soient omniprésents), ça va bien plus loin.

4 réflexions au sujet de « La stratégie Ender (Orson Scott Card) »

  1. Personnellement je trouve que la quatrième de couverture est particulièrement mauvaise.

    Ender est très loin d’être un monstre, et ils n’ont pas damné l’humanité, la question ne se pose pas. Je ne sais pas où ils sont allés chercher tout ça, et je suis assez stupéfait qu’ils se permettent de porter un jugement moral sur Wiggin. Un « monstre »? Les Doryphores eux-mêmes ne voient pas Wiggin comme un monstre.

    Après, Card est un fan d’histoire et de géopolitique, selon moi il s’y connait même mieux que la plupart des spécialistes qu’on entend ici ou là, on peut s’en apercevoir en lisant « La Stratégie de l’Ombre » et ses suites. A l’exception du portrait qu’il dresse du Général Custer dans l’un de ses romans (je ne saurais plus me souvenir du quel), ses analyses sont d’une justesse rare. Alors oui, comme la plupart des américains il n’hésite pas à afficher ses opinions politiques, et si elles vont à l’encontre de ce qui est permis de penser c’est un plus sur lequel je ne crache pas. Pour une fois qu’un auteur ne pense pas comme tout le monde.

    Pour en revenir au livre Ender’s Game, l’absence de femmes ne m’a pas vraiment interpellé car si les personnages féminins sont rares elles sont particulièrement marquantes. Le personnage de Petra est formidable, son impertinence et sa répartie font d’elle un personnage vraiment attachant et elle se révèle par la suite souvent plus forte que n’importe lequel des personnages masculins. Dans le Cycle de l’Ombre c’est celle que je préfère avec Soeur Carlotta, pareil pour Valentine, la soeur d’Andrew.

    Ensuite « la fierté de l’espagnole » n’est pas un « cliché » gratuit, les tentations nationalistes ont leur importance dans l’univers de Card. Il ne fait aucun doute que Bonzo se serait rangé du coté des espagnoles à la fin de la guerre, tout comme Vlad qui se range du coté des russes par la suite.

    Quant à l’examen final on se base du point de vue d’Ender ou de Bean, dans les deux cas tout nous indique ce qu’il va se passer, Bean en est même conscient et décide de ne pas le révéler à Ender même si il sait qu’ Ender le sait au fond de lui, ce qui explique aussi son épuisement. Le twist n’en est pas un en réalité, Card n’a pas construit son histoire pour créer un effet de surprise. Si on sent l’issue finale à cent pas comme vous dites ce n’est pas un accident.

    1. Je n’ai pas (encore?) lu les suites de ce premier volume (qui aurait pu s’arrêter là, mais comme c’était un best-seller…). Mais en tous cas dans celui-ci il n’y a que 2 femmes présentes : Valentine, certes incroyablement intelligente et qui sait manipuler les foules, elle aussi. Pourtant elle reste sous l’emprise de Peter du début à la fin, s’y soumettant encore et toujours.
      La mère d’Ender n’est citée qu’au tout début du roman pour ne plus jamais réapparaître. Tandis que le père lit son journal à table et impose son autorité de « chef de famille qu’on n’ose contredire ».
      Petra quant à elle, possède certes un fort caractère et d’excellentes compétences. Pourtant, c’est encore la première à craquer.

      J’ai dis qu’il y avait des clichés, et c’est vrai, il y en a. Mais ce n’est pas pour autant que cela rend le livre mauvais 😉
      C’est très difficile d’écrire sans faire référence à ce qui nous entoure, à notre époque. Et malheureusement, à l’époque où OS Card a écrit Ender, l’égalité des sexes, ça n’était pas encore ça. Comme expliqué ci-dessus la politique de l’époque se ressent également dans son histoire. C’est loin d’être un tort ! Ca rend même plutôt bien, au final.

  2. Rebonjour,

    En effet, Petra a été la première à craquer mais vous en oubliez la raison. Elle a craqué parce qu’Ender, conscient des capacités de Petra, s’est reposé sur elle plus que sur n’importe quel autre membre de son équipe. Petra a été aussi la première à lui tendre la main quand il était isolé. Elle tient vraiment un rôle majeur dans ce livre ainsi que dans les autres (enfin dans le Cycle de l’Ombre).

    Valentine ne m’a absolument pas donné l’impression d’être faible, au contraire, malgré la différence d’age entre Peter et elle, c’est bien Valentine qui parait être la plus mûre de la fratrie. Elle prend soin d’eux presque comme une mère.

    Après, comme dans la vie, tout n’est pas toujours équilibré et surtout dans une école militaire. C’est qu’une école militaire n’est pas vraiment un endroit où l’on s’attend à trouver beaucoup de filles, il suffit d’observer les rangs des cadets de West Point, ce n’est pas la paradis de la parité (83% d’hommes selon les derniers chiffres dont je dispose).

    Ceci étant dit nous sommes d’accord sur le fait que ce livre est un bon livre de S.F. 😉

  3. C’est drôle, sans se concerter on a vraiment eu un ressenti similaire 🙂 Bien d’accord pour Noir Désir et la distance entre l’artiste et son œuvre ! En ce qui concerne Card, l’écrivain est bien plus intéressant que l’homme… Bonne soirée 😉

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