6 Oct

Seigneurs de Lumière (Roger Zelazny)

Mondialement connu pour sa saga d’Ambre, Roger Zelazny ne s’est pas contenté de réinventer la mythologie celtique, comme le prouvent brillamment les trois romans au sommaire de ce volume, tous proposés dans des traductions révisées. Dans Seigneur de lumière (prix Hugo 1968), sans doute son roman le plus ambitieux, Zelazny revisite le panthéon hindou ert replace la quête mystique de Siddhartha sur une planète extraterrestre dirigée par une caste d’immortels. Dans Royaumes d’ombre et de lumière, il décrit loin dans le futur la lutte d’Osiris et Anubis,la vengeance d’Horus et les visions d’apocalypse d’Isis. Dans L’Œil de Chat, un de ses romans les plus sous-estimés, il lance un pisteur navajo à la poursuite de la plus dangereuse des créatures intelligentes – Chat – un extraterrestre télépathe capable de changer de forme à volonté.

Détails techniques :

Editions Denoël, collection Lunes d’encre
Pages : 787 au total (815 en comptant la bibliographie)
Prix : 29€ (mais vous avez 3 romans dedans)
Les titres : « Seigneur de lumière », « Royaumes d’Ombre et de Lumière », « L’Oeil de Chat ».

Avant-propos :

On m’a conseillé de lire « Seigneur de Lumière » il y a bien longtemps (à peu près 10 ans). Ce n’est que dernièrement que je l’ai commandé (et lu), suite à l’anniversaire de Lunes d’encre (15 bougies !), au travers de cette intégrale « Seigneurs de Lumière » (au pluriel ici). En effet, le challenge « 15 ans, 15 blogs » a été lancé :

Une seule règle pour les participants : ils devront publier en octobre 2014 (entre le mercredi premier et le vendredi 31) un billet sur un auteur Lunes d’encre dont ils n’ont jamais parlé dans les colonnes de leur blog (le ou les ouvrages devront être disponibles, c’est la seconde contrainte) et ils recevront alors en cadeau Trois oboles pour Charon de Franck Ferric.

C’était l’occasion !

15 ans, 15 blogs - ils ont dit "oui"

Seigneur de Lumière

Religions, hindouisme, dieux, paradis, réincarnation, immortalité, pouvoir(s), manipulation, politique et évolution bridée. Voici un aperçu de ce que vous trouverez dans ce roman étrangement biblique.

Je connais mal (voire pas du tout) l’hindouisme, religion qui sert de base à ce texte. Mais on n’a pas besoin de le connaître pour suivre Zelazny dans ce dédale de dieux et déesses. L’écriture est pourtant déstabilisante : peu de descriptions, peu de temps mort. On est toujours dans l’action, ou le questionnement.
Personnellement, j’ai compris assez tard dans quel monde tous ces personnages changeant sans cesse de corps évoluaient. Mais une fois que j’ai pu observer ce monde sans œillères, j’ai ardemment désiré la chute du paradis, tout comme Sam. Ceux que l’on nomme « les Premiers », sont les premiers hommes a avoir colonisé cette planète lorsqu’ils ont abandonné leur Terre mourante. Ils sont arrivés avec une technologie de pointe leur permettant de transférer leur âme dans un nouveau corps. A l’envi. Mais, en cette qualité de « Premiers », ils se sont autoproclamés « Dieux », et leur ville sous dôme protecteur au sommet des montagnes est devenue le « Paradis ». Le peuple n’a pas le droit de changer de corps si facilement. Il leur faut pour cela avoir accumulé suffisamment de « bon karma » durant leur vie, sinon, ils n’auront droit qu’à un corps inférieur (un corps malade, ou un animal). L’homme a appris à craindre la vrai mort.
Cela fait des siècles que ce système fonctionne de la sorte, mais pour que cela continue, il ne faut surtout pas que le peuple s’éveille, qu’il évolue, qu’il redécouvre la science et ses possibilités…

C’est donc finalement un Paradis tyrannique qui règne sur cette planète. Et Sam veut faire changer les choses.

Waaw. Ce Zelazny avait beau prendre de la bonne (y’a quand même des passages bien rigolos tant ils n’ont rien à y faire), il avait quand même une culture phénoménale. Je reste impressionnée par ce pouvoir qu’avait ce Monsieur d’utiliser une culture (ou ici, une religion) et de la transposer dans un roman de SF en remixant le tout à sa sauce. Non seulement c’est un exercice très difficile, mais en plus, s’attaquer à une religion, il faut oser. Il l’a fait, et il l’a fait brillamment.

Car les Dieux autoproclamés se sont tous approprié le nom et l’apparence d’un dieu du panthéon hindou. Quoi de mieux qu’une antique religion pour asservir la populace ? Et quoi de mieux qu’introduire une seconde religion pour mettre des bâtons dans les roues de la première ? Zelazny n’aurait-il pas ici réécrit notre propre histoire ?

Dans tous les cas, qu’on ne me dise plus jamais que la SF est la littérature des enfants qui ne veulent pas grandir. Ce livre est d’une richesse incontestable. Il est juste dommage qu’il ne soit pas facilement abordable, car il serait bon de le placer dans toutes les mains de notre bonne vieille Terre.

Royaumes d’ombre et de lumière

Osiris, gardien de la Station de la Vie, et Anubis, gardien de la Station de la Mort, se livre une guerre perpétuelle. A ces Dieux viennent s’en ajouter d’autres, liés de près ou de loin par des liens familiaux. Entre ces Stations figurent les Mondes Intermédiaires, dans lesquelles nous vivons. Mais nous ne sommes pas seuls : quelques immortels sont parmi nous, et ils sont bien décidés à intervenir dans la guerre des Dieux.

Ce roman est finalement assez proche de « Seigneur de lumière », sans pour autant être semblable. Je m’explique :

Dans « Seigneur de lumière », nous savons que les Dieux n’en sont pas vraiment. Ce sont des humains qui maîtrisent une technologie si avancée qu’ils se font passer pour des Dieux aux yeux du petit peuple.
Dans « Royaumes d’ombre et de lumière »… on n’en sait rien. J’aurais tendance à penser qu’il s’agit vraiment de Dieux. Et pourtant, il leur arrive de mourir. Mais finalement, c’est du détail.

Ce roman est peut-être encore plus difficile d’accès que « Seigneur de lumière ». L’histoire est découpée en une multitude de chapitres très très courts (parfois 2 pages). L’écriture s’approche plus du conte symbolique que du roman. Les batailles épiques sont entrecoupées de poésie, les personnages sont mis en scène de façon très théâtrale, avec peu de sentiments mais tellement de charisme !

J’avoue encore hésiter sur mon avis personnel sur ce livre. Il est riche, Roger Zelazny s’est encore une fois surpassé dans son écriture… mais il faut l’aimer. J’ai eu un peu plus de mal à entrer dans l’histoire, même si le combat des fugueurs du Temps m’a complètement époustouflée ! Woaw ! Très Grand Moment ! (et je n’hésite pas sur les majuscules).

Il me faudrait sans aucun doute une seconde lecture pour mieux maîtriser l’ensemble des personnages et la richesse de cette écriture particulière.

L’Oeil de Chat

Billy Blackhorse Singer est l’un des derniers indiens Navajos. Il se fait également appeler « le traqueur des étoiles », car la chasse est pour lui une passion. Il y a longtemps, il chassait d’étranges créatures sur leurs mondes respectifs. Billy est devenu maître dans cet art particulier, c’est pourquoi un groupuscule fait appel à lui pour protéger une personne hautement placée au sein du gouvernement. En effet, ils ont appris qu’une créature métamorphe se dirigeait vers la Terre pour mettre fin aux négociations en cours entre les humains et sa propre espèce.

Ce roman est peut-être le plus abordable des trois. Encore que.
Pour rester dans le thème, il est ici aussi question de dieux, de « paradis » ou plutôt de monde éthéré. Roger Zelazny s’est cette fois penché sur les Navajos et leurs croyances, tout en semant ça et là des bribes d’autres cultures (les Aztèques / Mayas, par exemple). Mais c’est bel et bien l’ami Billy qui reste au centre de cette traque, et non les dieux, pour une fois.

La chasse se déroule en deux parties : la première relate la battue après la stragienne (l’E.T. métamorphe). Pour ce faire, Billy devra quémander l’aide de la créature la plus redoutable qu’il ait jamais traquée : Chat. Chat est aussi métamorphe, télépathe et extrêmement rapide. Il accepte d’aider Billy, mais uniquement en échange de la mort de ce dernier. Voici de quoi lancer une seconde partie de chasse, entre Billy et Chat.

Je ne vous le cache pas, il y a des passages purement incompréhensibles. Des paragraphes entiers de mots hachurés, découpés, mixés… je n’ai pas passé mon temps à jouer au puzzle. Ils sont là pour une raison que l’on comprend fort bien en lisant le livre, et cela m’a suffit (et puis il ne sont pas si nombreux, heureusement). L’écriture est d’un très haut niveau, il faut rester concentrer pour pouvoir pleinement s’y immerger. Si je disais au début que ce roman est peut-être le plus accessible des trois, c’est surtout au regard du scénario plutôt linéaire et au nombre réduit de personnages. Personnage d’ailleurs présentés de façon très atypiques. On dirait qu’on a simplement glissé les fiches personnages qu’un auteur garde habituellement pour lui, pour mémoire lors de la rédaction.
Et pourtant, ça passe très bien comme ça.

Roger Zelazny était décidément un grand auteur, qu’on aime ou pas du tout. Pour ma part, j’adhère à son style et à ses histoires.

Pavé 2014Voici qui clôture ma participation au Challenge Pavé de l’été de chez Brize !

4 réflexions au sujet de « Seigneurs de Lumière (Roger Zelazny) »

  1. Ça c’est sûr, c’est du lourd ! Je n’ai pas encore lu « L’oeil du chat », mais les deux autres romans envoient sévère !
    Stylistiquement, c’est superbe (surtout « Royaumes d’ombre et de lumière »), les histoires sont denses, très référencées, et extrêmement puissantes.

    Un must pour les amateurs de Zelazny (et pour les autres !).

    1. L’oeil de Chat (c’est un nom 😉 ). Effectivement ça envoie du lourd, comme tu dis ! Mais il faut vraiment être en de bonnes conditions pour pouvoir en profiter pleinement.
      Ca me fait d’ailleurs penser que je n’ai pas encore parcouru le web à la recherche des chroniques sur ces romans dans la blogosphère… vais m’y atteler ^^

  2. Je viens de vérifier et je n’ai rien lu de Zelazny, pourtant un des grands noms de la SF. Mais ce sont visiblement des lectures exigeantes, donc il faut être dans les dispositions ad hoc. Un pavé impressionnant, en tout cas !

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