7 Jan

Le Moineau de Dieu (Maria Doria Russell)

Emilio Sandoz, linguiste et prêtre, est le seul survivant d’une mission de contact avec des extraterrestres sur une planète lointaine. Il en revient marqué du sceau de l’infamie : là-bas, il se serait prostitué et aurait tué un enfant… Que s’est-il réellement passé ? Que sont devenus les autres membres de l’expédition ? D’où viennent ces cicatrices terribles sur ses mains ?

Détails techniques :

Editions ActuSF
464 pages (version papier)
9,99 € en numérique, 19 € version papier
Interview de l’auteur, 20 ans après la première parution, à la fin de l’ouvrage
Extrait disponible sur le site d’ActuSF

Mon avis :

Panne d’écriture, panne de blog, panne de lecture, panne physique… les derniers mois ont été un grand vide de mon côté. Pourtant, j’avais envie de m’y remettre… et la flemme en même temps. Et puis j’ai vu passer les promos numériques d’ActuSF, avec ce titre : Le Moineau de Dieu. Le pitch m’intriguait. J’ai vu aussi un commentaire sur Facebook au sujet de ce livre comme quoi il était excellent. Alors je l’ai pris et me suis mise à le lire d’emblée. Et je n’ai pas décroché.

Je n’ai pas été déçue de mes dernières lectures, loin de là. Mais ici, il faut avouer que le niveau dépasse toutes mes attentes !

L’histoire commence avec Emilio Sandoz, le prêtre jésuite originaire de La Perla, un bidon-ville où règne la pauvreté, la crasse et la criminalité. On apprend à le connaître, petit à petit, et à découvrir la façon dont il a rencontré le groupe qui formera plus tard l’équipage de l’étrange vaisseau qui sera le premier à visiter une planète habitée de créatures intelligentes. Ces chapitres sont entrecoupés par d’autres, qui se déroulent bien plus tard, en 2060, lorsque Emilio est revenu de ce voyage, physiquement et mentalement brisé. Et seul. Il est alors interrogé par ses supérieurs, mais refuse de dire le moindre mot sur ce qui lui est arrivé tant la dépression le tenaille. Il faudra à ses confrères user de patience pour l’apprivoiser, comme l’on apprivoiserait un moineau…

Plus d’un tiers du livre est consacré à la mise en place, à la description des différentes personnalités, enjeux et émotions. On apprend à connaître chaque acteur de cet équipage qui deviendra très vite l’équivalent d’une famille. On suit également les préparatifs de cette mission, qui aurait du être menée par les Nations Unies, mais Emilio parvient à convaincre les jésuites de sauter le pas les premiers.
Si certains peuvent trouver ces passages un peu long, ce ne fut absolument pas mon cas. Au contraire tous les éléments sont amenés avec une précision et une délicatesse impressionnantes. Rien n’est laissé au hasard, tout à un but. Jusqu’à ce moment précis où Emilio est persuadé que ce qui leur arrive est « la volonté de Dieu ». Et là, l’auteure en moi s’est dit : « mais quelle ingéniosité ! ». Car, sans vouloir spoiler le moins du monde, ce qui se passe à ce moment précis est, d’un point de vue scénaristique, un raccourci gros comme une maison. Et pourtant il est tout à fait justifié ! « C’est la volonté de Dieu ». Maria Doria Russell, ce génie.

Outre les liens humains et les fragilités des différents personnages, ce qui m’a particulièrement séduite dans ce roman étaient les descriptions de Rakhat, cet autre monde peuplé de créatures intelligentes. Ces extraterrestres eux-mêmes et leur mode de vie. On ne peut que s’émerveiller des beautés de cette planète et de leurs habitants, comme l’a fait l’équipage humain ! L’auteure est une vraie créatrice de monde.

Le Moineau de Dieu rassemble plusieurs thèmes aussi intéressant qu’extrêmement bien amenés : la reconstruction d’un homme brisé, la religion chez un jésuite pas encore sûr de croire, la vie extraterrestre et leur mode de fonctionnement, la rencontre entre humains et extraterrestres, les relations humaines, la culpabilité, les langues… Chaque personnage progresse au fur et à mesure que les pages se tournent. L’histoire prend un tournant différent, bien que LA question reste sans réponse jusque dans les dernières pages : qu’est-il arrivé à Emilio pour qu’il soit à ce point replié sur lui-même ? Pour qu’il ne veuille pas en parler ? Qu’est-il arrivé à ses mains ? A t’il vraiment tué une fillette extraterrestre et pourquoi ? Que sont devenus ses coéquipiers ?

Le niveau d’écriture est très très élevé tout en restant accessible à un large public. Le suspense est intense et les découvertes sont habilement parsemées pour que le lecteur ne s’ennuie pas. Les différents points de vue et les deux lignes temporelles se tressent tout en nuances pour aboutir sur une interrogation quant à notre propre mode de vie. Vraiment, je conseille cette lecture à tout un chacun. J’ai été bluffée. Je pense que ce livre peut facilement gagner mon top 3, toutes lectures confondues.

Dans la blogosphère :

Nébal, Blackwolf, Xapur, Yogo, …

2 réflexions au sujet de « Le Moineau de Dieu (Maria Doria Russell) »

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