31 Juil

Jury d’AT : les coulisses

Vous le savez probablement déjà, je fais partie du jury de Nouveau Monde pour la majorité des AT et concours organisés par Aramis. Pour le meilleure et pour le pire. Voyons voir comment cela se déroule en coulisses.

Faire partie d’un jury de lecture, en quoi ça consiste ?

A lire, évidemment. Mais pas que.
Si les candidats ont des obligations (nombre de signes min/max, thème imposé, format, etc.), le jury en a également. La plus grosse contrainte étant de lire toutes les nouvelles reçues dans les délais impartis par le big boss (ou juge suprême, ou Dieu, selon les cas).
Nous avons en général entre un mois et demi et deux mois, en tous cas chez Nouveau Monde. Je ne peux pas parler au nom des autres webzines et éditeurs. S’il n’y a qu’une vingtaine de nouvelles, ça va, c’est vite plié. Par contre s’il y en a 53 comme c’est le cas pour le tournois des nouvellistes… ça se corse. Car oui, j’ai un travail à temps plein, d’autres lectures, de la recherche et de l’écriture aussi, sans parler de mon ménage à tenir et des quelques activités sociales qu’il m’arrive d’avoir.

La seconde obligation est bien entendu de juger (et coter) chaque texte, en y ajoutant un commentaire si possible (les auteurs aiment avoir un retour, positif ou négatif, je suis bien placée pour le savoir).

Lorsque la deadline est atteinte, le big boss regroupe toutes les cotes, en fait la moyenne et garde les textes avec la meilleure notation pour une publication. Le nombre de texte élus dépend de leur taille… et du big boss.

Rien de bien sorcier.

Ma façon personnelle de noter un texte :

Il m’arrive de les imprimer et d’en lire un ou deux sur mon temps de midi, au travail. Mais la plupart du temps, je les lis directement sur mon pc (moins de papier, plus d’arbre et plus de monnaie).
Lire sur mon pc me permet également de faire plusieurs choses à la fois. Sorry, je suis une femme.
« Mais tu ne peux pas te concentrer de cette manière ! » Et blablabla. S’il m’arrive de faire autre chose en même temps que de lire un texte, c’est que ce dernier ne m’accroche pas. Sinon je n’aurai aucune envie de faire un ctrl + tab (ou autre). Le texte perd donc déjà des points (de Feeling, vous verrez ça ci-dessous).

La cotation se fait sur quatre points principaux :

  • Orthographe, grammaire, ponctuation et tout ce qui va avec ;
  • Originalité ;
  • Feeling ;
  • Respect des règles.

Chaque point est coté sur 5, pour arriver à un total sur 20 comme demandé par Aramis. Mais ces quatre points, c’est moi qui les ai choisis.

Concernant le premier point, je ne pense pas avoir besoin de vous faire un dessin. Sachez juste que personne n’obtient jamais 5/5 chez moi car je ne suis pas prof de français et n’ai jamais excellé dans ce domaine. Mais je me soigne. Je pars donc du principe qu’il y a toujours une faute ou deux que je peux louper, et mets alors un 4,5/5 si rien ne m’a choqué.
Sachez toutefois que je suis intransigeante s’il manque des mots, des lettres, que des phrases n’ont aucune signification ou s’il y a des erreurs grosses comme des maisons toutes les deux phrases.

L’originalité est probablement la cote la plus discutable. J’évalue ici la façon dont le thème a été abordé : est-ce un thème récurrent dans la littérature ? Ça n’est pas un problème, pourvu qu’il soit traité de façon « originale », jamais vue. Il y a d’un côté l’originalité de l’histoire elle-même, mais également l’originalité de l’écriture. Une belle plume sur un thème banal peut rendre un texte sublime. Alors qu’une écriture catastrophique sur une idée très riche va le démolir.

Le feeling. What else ?
Evaluer un texte, c’est TOUJOURS donner un avis subjectif. On aime, ou pas. Selon sa propre personnalité, ses goûts et ses envies. En tant que lectrice, j’achète ou non un livre en fonction de ce que sa couverture et son résumé m’inspirent (si toutefois il ne m’a pas été conseillé et que je n’en ai jamais entendu parler auparavant). Pourquoi en irait-il autrement dans un jury ? Le jury est bien composé de lecteurs, non ?
Il serait contraire à mes principes de lectrice de coter un texte uniquement sur des points tangibles, concrets, sur des règles écrites. La lecture, c’est aussi l’évasion. Ce texte a eu 0/5 en orthographe ? Et alors ? Je lui mets 5/5 en feeling car il y a vraiment du potentiel là derrière, même s’il est à retravailler sur sa forme.

Ce qui nous amène à la cote la plus radicale : le respect des règles.
Quand on vous dit « 20.000 SEC maximum », ce n’est pas 24.000 SEC. => 2,5/5.
Si en plus on a demandé un texte comique et que vous nous envoyez un truc mélo-dramatique à faire pleurer Soeur Sourire, ça vous fera un 0/5. Sorry, try again.
Quelques dizaines, voir centaines de caractères au-delà du maximum autorisé, ok, ça passe (vous aurez 4/5). Mais il ne faut pas abuser non plus. Et cet exemple de 24.000 au lieu de 20.000 est véridique.

Quelques conseils pour les auteurs participants à des appels à textes ?

Cet article m’a été inspiré par un coup de gueule poussé par moi-même pas plus tard qu’hier, sur Facebook. Je le reprends ici :

Non mais, les gens, sérieusement…
Quand vous envoyez un texte pour un appel à texte ou tout autre concours du même genre, SOIGNEZ-LE, bordel !
Ce n’est pas parce que ledit concours est gratuit et que la publication dans le webzine (ou autre) est non rémunérée que vous pouvez vous permettre d’envoyer un texte non relu. Plus encore lorsqu’il est bien précisé que votre texte ne sera pas corrigé avant la publication !
Envoyer un texte ou il manque des mots (et pas qu’un, croyez-moi), des lettres (pas qu’une non plus), que c’est mal orthographié, mal conjugué, et j’en passe… c’est vraiment se foutre de la gueule du jury, des lecteurs et de vous-même. Car c’est votre nom qui sera affiché si jamais un tel texte devait passer les mailles du filet car l’idée derrière ces (énormes) lacunes valait vraiment la peine.
Je ne me prends pas pour une prof de français, j’ai une orthographe médiocre. Mais je me fais aider. Il y a des logiciels autre que Word qui corrigent pas mal, mais surtout il y a la RELECTURE. Par vous, par votre mère, par votre ami mais surtout par des gens qui ne sont pas proches de vous. Ce sont ceux-là qui oseront vous dire en face vos erreurs et qui vous feront progresser. Il y a des sites web d’entre-aide entre auteurs comme Cocyclics, abusez-en.
Mais s’il vous plait, n’envoyez pas un texte non relu juste pour dire d’avoir envoyé quelque chose. Un mot qui manque toutes les deux phrases, ce n’est même pas une question d’orthographe. C’est de la paresse.
(sorry pour le coup de gueule, fallait que ça sorte)

 C’est mon meilleur conseil. Relisez-vous et surtout : faites vous relire par d’autres. Sachez vous remettre en question, personne n’est parfait. L’écriture, l’originalité, ça se travaille.
Et surtout… respectez les règles. Ce sont des points facilement gagnés (ou perdus).

T’as l’air de de plaindre, pourquoi continuer ?

Je ne me plains pas. La paresse des gens me déprime. Ce manque de respect envers les organisateurs me hérisse le poil.
Et pourtant… au milieu de tous ces textes mal travaillés pointent des perles rares, des coups de coeur. Des histoires qui m’emportent loin de la réalité, qui me font vibrer autant que les grands romans vendus à des millions d’exemplaires.
C’est pour dénicher ces textes-la que je continue. Pour leur donner une chance d’être lus, d’être exposés auprès d’un public qui serait autrement passé à côté.

Y a t’il d’autres membres de jury dans la salle ? N’hésitez pas à témoigner de votre propre façon de procéder via les commentaires ci-dessous !

3 réflexions au sujet de « Jury d’AT : les coulisses »

  1. Je rejoins ton point de vue. Pour avoir également été membre de deux comités de lecture, j’ai vu du bon et du moins bon, et du très bon également.
    C’est difficile d’expliquer pour un texte nous attire, et l’autre pas, parfois. Noter a un côté « froid », comparé au fait que l’un des critères déterminant, malgré tout, et comme tu le souligne fort justement, est le côté « subjectif » de la chose.

    Une expérience à vivre, en tout cas. Cela permet de voir « l’envers du décor » et, qui sait, cela peut montrer pourquoi il est important de soigner son texte avant de l’envoyer?

    Surtout que, comme souligné par l’AT de Nouveau Monde, les textes ne sont pas toujours corrigés, mais publiés tel quel. Un texte bourré de fautes par un écrivain en devenir peut s’avérer un boulet difficile à porter…

  2. Globalement, je procède à peu de choses près comme toi, avec les critères « Univers » (les contraintes de thèmes etc.), « Histoire » (pour son originalité et j’y inclue aussi le respect du genre et autres points techniques, comme la chute pour la nouvelle) et le « Style ».

    Si la part de subjectif joue effectivement, elle est intégrée pour moi dans le paramètre « Histoire » car j’essaie d’être la plus objective possible, pour donner à des textes qui ne me plairaient pas forcément mais qui ont toutes les qualités requises la chance d’exister, au nom de la diversité.

    La différence : du fait que nous avons la possibilité de retravailler les textes, j’évalue aussi le travail qu’il reste à faire avec l’auteur avant que le texte soit totalement publiable, tant concernant la correction de la langue que les incohérences du scénario etc. Du coup, cette dernière note peut très pénalisante car elle diminue la note globale précédemment attribuée.

    1. Merci pour ta contribution, Lanto ! 🙂
      Il est vrai que je peux aussi donner une bonne note de « feeling » même s’il s’agit d’un texte qui ne m’accroche pas beaucoup. S’il est construit de façon intéressante, je ne vais pas le casser sous prétexte que ça n’est pas mon trip. C’est de la subjectivité objective 😀

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