16 Juin

Le Fou et l’Assassin : tome 3 (Robin Hobb)

untitledLe Fou et l’Assassin : En Quête de Vengeance (tome 3 – Robin Hobb)

FitzChevalerie et le Fou ont changé le cours de l’histoire. Puis leurs chemins se sont séparés. Le bâtard de sang royal s’est détourné de ses activités pour mener une existence paisible à Flétribois, quant à son fidèle compagnon, il n’en a plus entendu parler. Jusqu’à ce qu’il le retrouve, mutilé, au hasard d’une balade avec Abeille. Les graves problèmes de santé de son vieil ami et les intrigues à la cour font baisser la garde de Fitz alors que survient le pire : sa fille est enlevée. Le Fou, au crépuscule de sa vie, a laissé échapper des secrets qui pourraient bien conduire de pâles inconnus à user d’Abeille comme de leur prochaine arme. Mais une magie ancienne coule encore dans les veines de FitzChevalerie Loinvoyant et, bien que ses talents d’Assassin se soient amoindris avec le temps, ennemis comme amis vont apprendre qu’il reste toujours la vengeance à celui qui a tout perdu.

Détails techniques :

Éditions Pygmalion
Fantasy
Parution (VF) : 01/2016
462 pages (version brochée)
21,90 € papier ; 14,99 € numérique

Mon avis :

Ceux qui me suivent savent que je suis une grande fan de Robin Hobb. J’ai tous ses livres consacrés au monde de Fitz, des débuts de l’Assassin Royal aux Cités des Anciens, en passant par les Aventuriers de la Mer et sans oublier les deux one-shot que sont Le Prince Bâtard et Retour au Pays. J’ai aussi le cycle du Soldat Shaman, bien que je ne l’aie pas terminé. Il me manque par contre tout ce qu’elle a fait en science-fiction, sous le nom de Megan Lindholm. Bref, je connais bien sa plume, que j’admire beaucoup.

Le quart de couverture résume bien (et sans spoiler !) là où l’histoire s’est arrêtée en fin de tome 2. On continue à alterner les chapitres consacrés à Abeille et ceux contés du point de vue de Fitz. Malgré-lui, notre assassin se voit obligé de séjourner à Castelcerf dans l’espoir de secourir le Fou. Espoir ténu tant sa fragilité est criante. Mais Fitz s’obstine et fera tout, peu importe les conséquences, pour tenter de sauver son ami. Mais séjourner à Castelcerf n’est pour lui pas possible sans passer par le filet d’Umbre, qui une fois de plus va se servir de Fitz comme espion. Jusqu’à ce que cela l’expose à ce qu’il redoutait et souhaitait à la fois.

En commençant En Quête de Vengeance, on sait déjà comment, pourquoi et par qui Abeille s’est faite enlever. On sait qui elle est, ce qu’elle est. Et le Fou aussi puisqu’il l’a réalisé en la touchant, juste avant que Fitz ne fasse l’imbécile. Seulement, le Fou ne sait pas qu’il s’agit d’Abeille, la fille de Fitz. Et Fitz a beau parler d’elle, il tourne autour du pot avec son ami sans faire mine de le voir. Et ce pot, on a envie de le leur balancer à la tronche durant une bonne moitié de ce tome 3. Ha ! Robin sait jouer avec ses personnages (et ses lecteurs) ! L’art de tout révéler au lecteur mais pas à ses personnages. On lit cette série non pour les révélations finales, mais surtout pour le déroulement de l’intrigue, pour l’évolution de cette multitude de personnages entrecroisés. Et plus encore pour toutes les émotions que l’on ressent en lisant ces pages tant elles sont poignantes et bien décrites. On saigne avec le Fou, on pleure et on rage avec Fitz et on se lierai par le Vif au premier animal venu tandis que l’on a envie de plonger dans le courant d’Art dès qu’on en parle…

Et pourtant, malgré cette quête de vengeance qui se prépare, ce volume a un gros défaut : le rythme. Plus de la moitié du livre traine sur les non-dits entre le Fou et l’Assassin. Beaucoup de dialogues, de descriptions, de mises en place qui trainent en longueur. On ne s’en rend pas compte durant la lecture car Robin Hobb a toujours eu tendance à s’éterniser sur les petites choses pour en faire des objets ou actions incroyables, mais lorsque l’on atteint la dernière partie, lorsqu’enfin le pot est brisé, tout s’enchaîne à une vitesse dont on a perdu l’habitude. Je parle d’un gros défaut, mais en vérité je ne m’en suis aperçue qu’à la toute fin. Ce n’est pas si gênant que cela…. si on a déjà le tome 4 sous la main. Malheureusement, sa date de sortie n’a pas encore été annoncée. Voilà probablement, encore une fois, un défaut dû au découpage intempestif perpétré par Pygmalion. Grrr…

Voir les avis de :

Morgana, Boudicca,

 

7 réflexions au sujet de « Le Fou et l’Assassin : tome 3 (Robin Hobb) »

  1. Excellente chronique avec laquelle je suis d’accord en tout: le fiat que des détails ou péripéties peu importantes occupent le haut du pavé grâce au style de l’auteure, que les émotions et l’évolution des personnages soient au centre de l’histoire, et non l’action. Jusqu’au découpage du livre par l’éditeur, qui ne nous permet pas de juger véritablement ce 2ème tome de trilogie. Robin Hobb fait souvent des résumés qu’elle place dans des monologues intérieurs, des débriefing et autres: OK, c’est utile pour le lecteur, ainsi que pour l’auteure qui dans mon souvenir, disait dans une interview que ça l’aidait à bâtir son histoire, mais je n’ai jamais lu autant de résumés que dans ce volume: on arrive au point où le récit est fréquemment phagocyté par de la redite, pour laquelle Hobb trouve mille justifications, mais parfois ça ne passe pas. Je pense à une scène où un perso se voit énoncer ce qu’il vient de se passer alors que l’action est toujours en cours, et qu’il a tout intérêt à foncer pour intervenir ! Hobb est fidèle à son style que je continue d’aimer, mais il faut plus de récit (je ne parle même pas d’action) et moins de résumé. Les épanchements sentimentaux de certains personnages m’ont aussi déplu: je pense à Umbre et Ketricken, même s’ils avaient bien des raisons de s’émouvoir. Je trouverais intelligent que Hobb les montre s’efforcer à une certaine retenue: ce serait raccord avec leurs personnages. Sinon j’ai bien aimé la nouvelle situation de Fitz à Castelcerf. La fin du chapitre en question m’a touché à un point que j’ai remis la suite de ma lecture au lendemain: la catharsis était grande.

    1. Merci beaucoup pour cette très bonne analyse !
      En effet, beaucoup de rappels/résumés… c’est aussi du aux différentes sagas sur ce monde, histoire que les nouveaux lecteurs ne soient pas trop perdus (mais on ne peut que leur conseiller de commencer par le début).
      Je pense aussi que Robin Hobb a voulu mettre un peu d’elle dans ce nouveau cycle. Elle a désormais un certain âge (quelques anecdotes à ce sujet sur sa page Facebook) et ses personnages aussi. Ils se « ramollissent ». Je comprends la démarche, même si ça peut agacer.
      Et oui, cette fameuse scène… rolala ! Mon petit coeur s’est serré 🙂

  2. Je pense souvent à l’age des auteurs et la façon dont ça peut influencer leur écriture. Fitz et Umbre permettent sans doute à l’auteur de parler de la vieillesse sous plusieurs angles. J’ai un peu du mal à comprendre Fitz, relativement jeune dans son corps mais vieillissant dans sa tête. Certes, les expériences et souffrances à répétitions « usent l’âme », mais je crois que le corps joue une place très importante dans le processus: je trouve bizarre la dissociation des deux par moments. Les choses ne sont pas très claires sur les capacités physiques de Fitz par exemple, sans compter Umbre capable de hauts faits d’armes pour le moins surprenants, même si je suis preneur. Enfin bon, vu qu’on parle de magie, l’auteur peut faire ce qu’elle veut…

    Avant d’en finir, l’autre grosse critique que j’ose proférer concerne l’aspect plus que prévisible de l’intrigue, concernant Abeille en tout cas: oui, quelque part on s’en fiche, c’est la façon dont les persos la découvrent et réagissent qui compte en premier lieu, mais Robin Hobb aime vanter les capacités de déduction acquises par Fitz dans son éducation d’assassin, et son aveuglement est parfois insupportable, tant Abeille est particulière. Robin Hobb excelle à nous montrer comment un père peut se méprendre sur ses enfants, comment sa propre expérience et sa vie peuvent tromper son intuition et sa vigilance, mais parfois elle devrait se dire que le lecteur sait tout des centaines de pages à l’avance, et qu’il risque de prendre injustement son héros pour un imbécile.

    Après, peut-être qu’une des forces de Robin Hobb est de se fiche des impatiences du lecteur et de dérouler l’histoire à hauteur d’homme. C’est marrant, à chaque fois que je veux tempêter sur l’écriture de Robin Hobb, ma conscience m’objecte plein de petits contre-arguments.

    Précision tardive: je suis déjà venu commenter d’autres romans de l’auteur sous le nom de vegapunk 😉

    1. Assez d’accord avec toi, VegapunkGritche :p
      Pourtant, Fitz a toujours eu ce côté « aveugle », même plus jeune. C’est pour ça qu’on l’adore et qu’on le déteste à la fois. Depuis le début on a envie de le secouer. Puis de le prendre dans nos bras.

      Le soucis avec l’écriture de Robin Hobb, c’est que ses défauts sont aussi des qualités. 😀

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