29 Oct

Feuillets de Cuivre (Fabien Clavel)

Quart de couverture :

Paris, 1872. On retrouve dans une ruelle sombre le cadavre atrocement mutilé d’une prostituée, premier d’une longue série de meurtres aux résonances ésotériques. Enquêteur atypique, à l’âme mutilée par son passé et au corps d’obèse, l’inspecteur Ragon n’a pour seule arme contre ces crimes que  sa sagacité et sa gargantuesque culture littéraire.

À la croisée des feuilletons du XIXe et des séries télévisées modernes, Feuillets de cuivre nous entraîne dans des Mystères de Paris steampunk où le mal le dispute au pervers, avec parfois l’éclaircie d’un esprit bienveillant… vite terni. Si une bibliothèque est une âme de cuir et de papier, Feuillets de cuivre est sans aucun doute une œuvre d’encre et de sang.

Détails techniques :

Editions ActuSF
Steampunk / Polar
Parution 11/2015
344 pages
20 € broché, bientôt dispo en numérique

Mon avis :

Dans son interview pour la promotion de « L’Evangile Cannibale », Fabien Clavel avait avoué vouloir tester tous les genres. Il n’a pas menti puisqu’il s’est cette fois-ci lancé dans le Steampunk. Mais du steampunk d’un genre particulier. Rien ne sert de chercher les grosses machines à vapeur pleine de tuyaux et de rouages en tous genres, il n’y en a pas. Si quelques tenues font penser au style victorien, ce n’est pas non plus grâce à cela que l’on qualifiera Feuillets de Cuivre de steampunk.
Alors pourquoi ?
Fabien Clavel a usé d’une superbe subtilité. Dans chaque nouvelle, il y a au moins un élément qui rejoint le genre. L’utilisation de l’ether, une machine/sarcophage, une montre qui sert à remonter le temps, une sorte d’hélicoptère avant l’heure, un théâtre d’automates, et j’en passe. Là où je souris, c’est lorsque la magie vient se mêler à ce monde uchronique. Je n’ai pu m’empêcher de faire le lien avec mes propres écris déjà publiés (Renaissance, Un chasseur sachant chasser, Le Dragon Mécanique) et les autres nouvelles situées dans le même monde qui viendront les compléter. Le seul motif de comparaison étant bien entendu ce mélange de steampunk et de magie (voir de féérie, de mon côté). Fabien Clavel va beaucoup plus loin avec Feuillets de Cuivre et de façon beaucoup plus réfléchie. Rien n’est du au hasard. Tous les détails sont importants.

Car ce feuillet recèle de nombreux détails qui paraissent insignifiants, mais qui pourtant démontrent quel degré de culture l’auteur possède. Il y a des dizaines de références à des auteurs du XIXe siècle, l’époque ou se déroule notre histoire. Hugo, Zola, Maupassant, Verne, Goncourt, Sue et tant d’autres. Si je connais la plupart de nom, je n’en ai pourtant lu aucun. Un de ces quatre, il va falloir remédier à ça (en commençant par Jules Verne). Ces écrivains comme leurs œuvres font parfois partie prenante de l’intrigue quand d’autres sont seulement cités en clin d’œil. Mais toujours, les livres, ces feuillets aux tranches tantôt dorées, tantôt cuivrées, restent acteurs au même titre que les personnages.

Notre vie n’est qu’un feuillet détaché de l’ouvrage gigantesque du monde.

Le livre est découpé en deux parties.
Dans la première, les nouvelles s’enchainent sans autre lien que Ragon, l’ancien soldat devenu inspecteur de police. Ses souvenirs de guerre l’empêchent d’approcher les cadavres, c’est pourquoi il se tourne vers les livres. C’est toujours grâce à eux que Ragon parvient à résoudre ses enquêtes, ce que ses coéquipiers trouvent étrange.
Toutes ces nouvelles sont très plaisantes à lire. On y retrouve un petit quelque chose de Sherlock Holmes, le fantastique en bonus.

Mais c’est en abordant la seconde partie que l’on découvre que tout est lié. Fabien Clavel, en véritable maestro littéraire, nous a composé une symphonie digne des plus grands. Car comme le dit son redoutable adversaire l’Anagnoste :

Je suis comme la fiction : un mensonge qui dit la vérité. 

Ce qui est valable pour tout et tout le monde dans ce chef d’œuvre de complexité discrète. C’est là toute la magie de ces mots : qu’il s’agisse d’énigmes, de sang, de magie ou de steampunk, tout est justement dosé. Je n’ai jamais eu l’impression que l’auteur ait voulu m’en mettre plein la vue, ce qui est un exercice ardu.

Un auteur à suivre, sans discussion.

Dans la blogosphère :

Gromovar, Dionysos, Lorhkan, Yogo, Lune, Cédric, Livropathe, Xapur, …

Challenge Francofou

13 réflexions au sujet de « Feuillets de Cuivre (Fabien Clavel) »

  1. De mon côté, j’ai été déçue. L’exercice est maîtrisé, certes, tous les codes du genre y sont… mais quelle froideur ! Je ne suis pas parvenue à m’attacher aux personnages ni à réellement entrer dans l’univers de Ragon. Je suis passée à côté. Dommage.

    1. C’est probablement le caractère de Ragon qui t’as laissé cette impression de froideur. A l’image de Sherlock Holmes, c’est un analyste qui fait fit des sentiments et de toute perturbation pour se concentrer sur sa tâche : résoudre l’enquête. Alors forcément, un tel personnage est peu attachant, mais pour ma part je l’ai trouvé fascinant. Question de goût et de point de vue.
      Il en faut pour tout le monde 🙂

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