13 Juil

Critique : webzine Etherval n°1

Etherval est un webzine très attractif et regroupant nombre de textes fascinants. Orienté SFFF, Etherval se veut être une revue divertissante, proposant des nouvelles sur un thème particulier à chaque numéro, mais aussi quelques articles en rapport direct avec le thème choisi. Chose plutôt rare pour un webzine, il possède même son « espace détente » !

Mais Etherval n’est pas qu’un webzine (3€). Que nenni. Vous pouvez aussi vous l’offrir en version papier (6€). Il est également possible de télécharger chaque nouvelle individuellement (prix dégressif selon le nombre de nouvelles).

Et bien moi, je viens vous narguer avec mon numéro 1 « Tu quoque fili! » sur le thème de la trahison, offert gratuitement par les Seigneurs d’Etherval en l’échange de cette chronique. Mouéhéhéhé… Elle est pas belle la vie ?

Attention, j’ai promis une chronique. Je n’ai pas promis qu’elle serait positive. Nous allons voir ça de plus près :

Prélude au chaos, par Akisaë

La lame pénètre la chair presque sans résistance.

Il a fermé les yeux, voulant se rendre aveugle à cette vie qu’il fait disparaître. Ce n’est pas la première qu’il prend. Loin de là. On ne l’a pas surnommé « le prince du carnage » pour rien. Mais celle-ci, cette existence-là, il ne peut supporter de la voir s’effacer.

Un rire nerveux s’échappe de sa bouche. Un rire qui laisse déjà poindre la démence qui ne tardera pas à le gagner… dès qu’il ouvrira les yeux et qu’il prendra pleinement conscience de la portée de son geste.

La douleur.
La souffrance indicible de l’acier qui passe entre ses côtes, traverse sa chair, sectionne ses nerfs et son poumon. Son sang se repend le long de la lame et goutte sur le sol. Elle ne l’aurait jamais cru capable de faire ça.
Quant à Djegann, perdu avec celle qui expire au milieu de cette plaine jadis verdoyante et où désormais il ne reste plus que des cendres et des pétales de braises virevoltantes, il vient de signer la fin de son monde.

 

Mais pourquoi ?! Pourquoiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii….

C’était beau, triste, touchant, poétique… cette superbe nouvelle aurait pu s’arrêter avec les dernières pensées de Djegann. Pourquoi avoir ajouté cette fin qui contraste autant dans les émotions soudain devenues quasi inexistantes ? Ces quelques paragraphes de fin ont fait autant de mal à ce texte que le coup de katana dans le corps de la déesse.

C’est très dommage.

Trahison ! par Andréa Deslacs

Le grand mage Lamival d’Armister caressa d’un geste de contentement sa barbe blanche. Un sourire satisfait élargit ses lèvres fines et l’éclat des flammes de son candélabre appuya la lueur de joie dans ses yeux noisette.

Il reprit sa plume immaculée pour une ultime arabesque véloce du poignet. La pointe griffa d’encre noire et épaisse la dernière rune de son incantation. Il contempla son parchemin,
enfin achevé après cinq ans de longues préparations et d’études des lourds grimoires qui s’accumulaient de toute part sur son bureau.

Oui, tout s’avérait prêt. Presque prêt. Il manquait juste…

L’archimage d’Armister écume de rage. L’évidence est là ! On vient de lui dérober l’un de ses plus précieux trésors ! Lequel de ses assistants a commis pareil forfaiture ? Pourront-ils survivre à sa folie vengeresse ? Quant au lecteur, il ne devrait pas non plus sortir indemne d’une telle trahison.

 

Andréa Deslacs… oui, j’ai déjà lu un de ses textes. « Pour une vingt-cinquième heure ». C’est d’ailleurs à la fin de cette chronique que je déclare ne pas vouloir dépenser un sous pour le challenge JLNN de Lune auquel je participe. Haha ! Que j’ai bien fait ! Sans cela je ne pense pas que j’aurais acheter cette revue gracieusement offerte. Et j’aurai loupé quelque chose…

Cette nouvelle m’a tout d’abord apparue comme banale, surjouée, même. Jusqu’à ce que… je ne vous en dirai pas plus. C’est du pur délire comme je les aime, voila tout !

Toujours, par Elisabeth Gilles

Mon ami, mon frère. J’espère que tu ne tiendras pas rigueur de ma faiblesse. Je m’en veux suffisamment moi-même. J’ai lutté contre elle. J’ai cru la vaincre et devenir plus fort. Néanmoins, celle-ci est vicieuse et fourbe. Elle se cache, elle se coule, elle se tait pour que je la croie morte. Puis, une fois ma garde baissée, elle jaillit tel un serpent, droit vers le cœur où elle plante ses crocs et diffuse son venin. Oui, l’amour est une réelle faiblesse, un véritable poison…
À l’horizon, le Mont Cébaoth perce les nuages de sa cime enneigée. Aux pieds de Leïla, Gil’ vient d’expirer et retourne à la poussière. Pourtant, nul temps pour les remords et les larmes. Il leur faut encore passer par l’eau et le feu pour atteindre la fin du voyage. Au cours de celui-ci, peut-être découvriront-ils que le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point.

Encore une nouvelle basée sur les éléments. Why not ?
Le début ne m’a pas vraiment attirée. Trop mélancolique ? Trop « déjà vu » (les éléments) ? Trop mielleux peut-être ? Je ne sais pas. Toujours est-il que mon intérêt a été ravivé une fois au cœur des épreuves, plus encore lorsque ce sac de nœuds commence à se démêler.
Finalement, j’ai passé un bon moment de lecture.

Contre-pouvoir, par Franck Antoine

Mat se déplaça vers le groupe de courtisans du Président, suivi le plus naturellement du monde par son propre cortège. Il sentit une tension quasi électrique au moment où les deux groupes se rencontrèrent. Deux tornades se frappant de plein fouet. Son esprit aiguisé sentait que la confrontation avait déjà lieu. Le charisme des deux hommes se partageait de nouveau un même espace. Mat avait cette capacité de sentir l’étendue de leurs auras. Ce talent concourait à le rendre dangereux.

Et si un groupe d’étudiants en journalisme pariait de faire tomber un président. Quelle voie ces quatre amis, tous aussi brillants les uns que les autres, emprunteraient-ils ? Quant à leur belle amitié, survivra-t-elle à l’
attrait du pouvoir ?

Je me suis tout d’abord demandée où se trouvait du SFFF là-dedans. Sont-ce les implants ? Peut-on vraiment qualifier cette nouvelle de « SF » sur ce seul détail ? Ce n’est qu’à la toute fin que l’on s’aperçoit de la véritable nature du récit.
Le pouvoir. Le pouvoir sur autrui, la manipulation de ses proches, de l’argent, des médias, des foules. Le pouvoir est le thème majeur de cette nouvelle qui a été retenue pour les premières sélections du Prix Rosny Ainé 2013. Texte bien tourné et qui change un peu des clichés SFFF.

L’ombre de la grotte, par Rémi Przybylski (appelons-le Rémi…)

Au loin, il aperçut les montagnes enneigées, les sommets inaccessibles que peu de randonneurs avaient osé arpenter. Même les plus aguerris autochtones exprimaient leur crainte quant à ce périple. Il s’imagina un bref instant là-bas avec à la main cette boussole merveilleuse qui lui indiquerait où était le chemin de sa renaissance. Leandro lui avait parlé d’une grotte, d’une caverne ou de quelque chose qui s’y apparentait. Jamais il ne s’y était rendu, mais il n’était pas le seul à en connaître la légende.

En Patagonie, une légende raconte qu’une source de magie aux pouvoirs insoupçonnés est cachée dans les montagnes. Personne n’a jamais pu démontrer son existence, mais elle permettrait d’obtenir la vie éternelle. Au sein d’un village perdu dans cette nature sauvage, deux amis sont à sa recherche : Leandro, un autochtone et Joseph, ancien européen. Leur quête touche bientôt à sa fin. Un jour hélas, Joseph découvre sa femme assassinée et que son ami a disparu. Qu’en est-il réellement ? Leandro aurait-il quelque chose à voir avec cette sombre affaire ? Ou serait-ce la source magique qui aurait un lien avec ce meurtre ?

Bizarre. Prévisible.
L’idée de base est bonne, mais il y a deux ou trois petites choses qui m’ont dérangées dans ce récit. A commencer par l’introduction : qu’est-ce que ces pingouins et léopards des mers viennent faire là-dedans ? Ce placement de décor n’apporte rien à l’histoire. Je n’ai pas compris.
Prévisible. !!! Attention spoiler !!! On se doute que le Joseph a lui-même tué sa femme et son chien. La trahison, dans cette histoire, c’est finalement le déni plus que la manipulation de Leandro.
L’écriture, sur la fin, m’a semblé bien plus naïve que sur le reste de cette nouvelle. Conclusion : pas mauvais, mais déconcertant. A retravailler, peut-être ?

Le déclin, par Catherine Loiseau

Le regard du Khalife fut alors attiré par un petit tableau, accroché à un mur. Il s’agissait du portrait d’une jeune femme à la tête recouverte d’un voile. Elle souriait doucement. A la réflexion, non, le sujet n’était pas une jeune femme, plutôt un jeune homme. Alasadin s’approcha du tableau pour mieux l’étudier. Le visage était étrange. Il n’arrivait pas à déterminer le sexe de la personne. Et selon l’angle sous lequel on observait le tableau, les yeux étaient tour à tour innocents et malicieux, le sourire enfantin ou enjôleur. Comme si un fil invisible le tirait, Alasadin tendit la main vers la peinture, juste la toucher, l’effleurer…

Alasadin observa les parnassiens autour de lui. Ils lui apparurent vains et futiles dans le meilleur des cas, inquiétant
et fourbes pour certains. Même au sein de sa propre délégation, les visages grimaçaient en le voyant, semblant se moquer de lui.

Le Khalife Alasadin a tout pour être heureux : un empire florissant, une épouse merveilleuse, une paix signée avec son plus grand ennemi. La vision d’un mystérieux tableau va le bouleverser. Alasadin change, se révèle irascible, implacable, sans scrupule. Est-ce l’influence du mystérieux tableau ou la révélation de la nature profonde du Khalife ?

Atmosphère largement inspirée du monde oriental, « Le déclin » porte sublimement son nom. La trahison est ici amenée en toute subtilité. Catherine Loiseau est également nominée avec « Le déclin » pour le Prix Rosny Ainé 2013.

Avec deux nouvelles qualifiées pour le second tour (fin 08/2013) du Prix Rosny Ainé 2013, le webzine n°1 d’Etherval a tout pour plaire !
Je ne parlerai pas ici des articles qui suivent les nouvelles, mais je peux vous assurer qu’ils valent le détour.

Sachez qu’aujourd’hui, quatre numéro sont déjà parus. Chacun sur un thème particulièrement intéressant. Je vous laisse les découvrir.

Challenge JLNN

Chronique rédigée dans le cadre du challenge JLNN de Lune.

3 réflexions au sujet de « Critique : webzine Etherval n°1 »

Laisser un commentaire