19 Juil

Critique : La Constellation du Chien, par Peter Heller

Quart de couverture de La Constellation du Chien :
Quelque part dans le Colorado, neuf ans après la Fin de Toute Chose, dans le sillage du désastre. L’art de survivre est devenu un sport extrême, un jeu de massacre. Soumis aux circonstances hostiles, Hig, doux rêveur tendance chasse, pêche et poésie chinoise, fait équipe avec Bangley, vieux cow-boy chatouilleux de la gâchette. Une routine de l’enfer. Bangley défend la baraque comme un camp retranché. Hig « sécurise le périmètre », à coups de méthodiques vols de surveillance à bord de « la Bête », solide petit Cessna 182 de 1956 toujours opérationnel. Partage des compétences et respect mutuel acquis à force de se sauver mutuellement la vie, ils ont fini par constituer un vieux couple tout en virilité bourrue et interdépendance pudique. Mais l’homme est ainsi fait que, tant qu’il est en vie, il continue à chercher plus loin, à vouloir connaître la suite.
A la fois captivant roman d’aventures, grand huit des émotions humaines, hymne à la douloureuse beauté de la nature et pure révélation littéraire, La Constellation du Chien est tour à tour contemplatif et haletant, déchirant et hilarant. Peter Heller orchestre son premier roman comme une virée de la dernière chance pleine de surprises, une réflexion sur la création autant que sur la destruction. Lumineuse et rocailleuse, son écriture semble réapprivoiser le monde à travers la reconquête du langage – comme si pour se sauver, l’humain devait avant tout recouvrer l’art de (se) raconter.

Ceux qui survolent les livres en ne retenant que les grandes actions, scénarios inattendus et grandes épopées chevaleresques vont être déçus. Les autres, qui plongent au plus profond de chaque récit, qui se placent dans le contexte comme si le narrateur n’était autre qu’eux-mêmes, ceux là vont apprécier ce roman comme une perle rare.

Point de héro, pas même un anti-héro. Juste un mec banal. Et son chien.
Pas de grand chevalier valeureux ni de grand méchant loup. Juste un type qui n’aime pas donner la mort, même pour se défendre.
Pas de zombie dans cet atmosphère post-apocalyptique, ni de gens enragés, juste des survivants prêts à tout pour de la bouffe. (Un peu comme dans « La Route »)
Pas non plus de grand remède, de découverte majeure, rien de bien terrible, en fait.

Mais. Mais un mec banal qui tient à son chien autant que moi au mien. Un type qui a survécu à une pandémie qui a décimé 90% de la population mondiale, il y a neufs ans de cela. Depuis, il vit avec son chien Jasper et Bangley, aux attitudes bourrues et très militaires. De quoi devenir zinzin, non ?
On en a d’ailleurs l’impression plus d’une fois, que Hig a franchi la limite et basculé dans la folie. Car c’est lui, le narrateur du récit. Il nous livre la moindre de ses pensées, en live, PAF ! Et ses pensées divaguent autant que les vôtres ou les miennes (surtout les miennes), passant du coq à l’âne, d’il y a 10 ans à il y à 2 semaines pour revenir soudain dans le présent, sur la même page et entre deux joutes verbales.

Les dialogues. C’est le gros point négatif de ce livre : aucun dialogue n’est marqué par un tiret cadratin. Rien. Le néant. Très difficile dans ces conditions de distinguer les divagations de Hig des dialogues. Ce n’est qu’après les avoir lu qu’on se rend compte que quelqu’un a parlé.

Certains pourraient aussi être déroutés par la construction des phrases, ou des non-phrases, plutôt. Des mots. Seuls. Comme ça. Une pensée percutante, vive, comme on en a en réalité.

C’est cela, « La Constellation du Chien« . Un livre plein d’émotions. Une tranche de vie plus qu’une histoire ou qu’un scénario. On s’identifie facilement à Hig et à chacune de ses actions, on s’interroge : « et moi ? serais-je meilleur que lui dans de telles conditions ? ». Non. Je serais exactement comme Hig, pour ma part.

Encore une fois, Babelio m’a offert une belle découverte avec son opération Mass Critique et la participation de Acte Sud. Merci.

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